Intuition et leadership

« Etre sûr sans en être certain » (Dr Agor)

Colin Powell, l’ancien secrétaire d’état américain, explique que selon lui, un Leader doit savoir prendre une décision en n’ayant que 40 à 60% des données dont il a besoin, et de compenser le reste en utilisant son expérience et son intuition.

De plus, lorsque l’on parle d’intuition dans le cadre du Leadership, il est impossible de ne pas parler de Steve Jobs, l’ancien PDG d’Apple. Ce dernier a toujours utilisé son intuition de Leader lorsqu’il devait faire face à des situations délicates voire qui auraient pu sembler sans issues positives possible à certaines personnes. Son Leadership nous apprend que prendre des décisions relève plus d’un art que d’une science. Il faut un peu ‘sentir’ la situation. D’un côté, il faut évaluer la situation en faisant confiance aux faits mais de l’autre, il ne faut pas oublier d’écouter son instinct. Il avait l’habitude de dire ceci : “Have the courage to follow your heart and intuition. They somehow already know what you truly want to become.”

Vers une définition de l’intuition

Lorsque nous parlons de Leadership, l’un des concepts qui revient souvent est l’intuition. Il est difficile de définir en quoi consiste l’intuition et comment l’utiliser correctement, sans même parler du fait de savoir si oui ou non nous devons nous y fier. L’intuition n’est pas une donnée concrète et mesurable, ce qui la rend difficilement descriptible. Néanmoins, nous pouvons résumer l’intuition de la manière suivante : ‘The intuitive mind tells the logical mind where to look next’ (Dr Jonas Salk) ou encore ‘Etre sûr sans en être certain’ : nous sentons que nous devons agir de telle ou telle manière, mais sans savoir pourquoi.

Il semblerait que chacun d’entre nous possède des intuitions mais bien entendu nous n’arrivons pas toujours à appliquer l’intuition dans le cadre du Leadership. Il apparaît que nos intuitions sont les meilleures dans les domaines dans lesquels nous excellons (Source: ‘The 21 irrefutable laws of leadership’, John C. Maxwell). Par exemple, une personne qui a un talent d’orateur aura des difficultés à expliquer à une personne qui ne possède pas du tout cette compétence, comment il faut construire son texte ou encore captiver son public car elle sait (ou sent ?) comment le faire de manière instinctive sans pour autant disposer de données explicatives.

Quand utiliser notre intuition ?

Même si l’intuition peut aider un Leader dans chaque situation, elle devient indispensable dans certains cas :

  • Lorsqu’il n’y a pas assez d’informations ou trop peu de temps pour en rassembler
  • Lorsqu’il y a trop d’informations, ou que les données se contredisent
  • Lorsque les données donnent plusieurs solutions qui semblent toutes valables

En résumé, l’intuition est indispensable pour résoudre des problèmes pour lesquels les données objectives ne suffisent pas.

De plus, dans certains cas, la solution va se présenter spontanément au Leader qui verra clairement quelle démarche suivre, sans pour autant savoir l’expliquer directement ; il va sentir quelle solution il doit appliquer grâce à ses expériences et son intuition.

Comment prendre une décision de manière intuitive tout en s’assurant de limiter les risques d’erreur ?

La plupart d’entre nous peut apprendre à devenir un Leader et en même temps développer son intuition en la travaillant consciemment.

Alors comment s’y prendre pour améliorer son intuition ? Dans le cas par exemple du football américain, il arrive que des coaches demandent aux quarterbacks de leurs équipes de mémoriser par cœur des matchs, afin que lorsqu’ils seront sur le terrain et qu’une situation similaire que dans le passé se présente, ils puissent agir instinctivement, sans devoir réfléchir. Le fait d’avoir vu et revu certaines actions, leur permet de les mémoriser et d’agir sur base de leur intuition, sans perdre des secondes précieuses à devoir réfléchir consciemment en analysant les faits.

Nous développons notre intuition par l’expérience ou en rassemblant le plus d’informations possibles sur des situations similaires qui ont eu lieu dans le passé afin d’en dégager des schémas et éléments récurrents.

Voici quelques autres actions que nous devons améliorer pour rendre nos décisions intuitives plus efficaces:

  • Ecouter attentivement: En écoutant attentivement ce que les personnes autour de nous disent, nous pouvons retirer un maximum d’informations sur la situation. Plus nous aurons d’informations, plus il nous sera facile de détecter un modèle, un schéma afin que notre intuition puisse y lier des faits passés pour nous indiquer la voie à suivre.
  • Réfléchir à une décision avant de l’implémenter: Nous devons vérifier si nos émotions n’obscurcissent pas notre champ de vision sur la situation à laquelle nous devons faire face. N’hésitez pas à demander l’avis d’experts autour de vous afin de vérifier si les actions que vous dicte votre intuition sont bien adéquates.
  • Communiquer: Nous devons nous préparer à expliquer nos actions dictées par notre intuition aux autres en nous basant sur des faits concrets. Nous pouvons par exemple pour cela analyser de manière objective une décision intuitive en dégageant les éléments mesurables. De plus, en faisant cela, nous serons obligés de réfléchir posément à notre propre décision en la regardant de manière critique.
  • Apprendre à lire et interpréter nos émotions: Nos émotions sont des signes valables de schémas passés et d’expériences déjà vécues. Nous devons savoir ce que ces émotions nous disent et si elles nous guident bien vers une bonne décision intuitive. Ecouter nos émotions est positif si nous apprenons à le faire correctement.
  • Créer un bon environnement d’apprentissage: Nous développons notre capacité à prendre des décisions intuitives en créant un environnement de travail qui laisse la possibilité de commettre des erreurs. En effet, notre cerveau va mémoriser ces erreurs et en dégager des éléments importants à retenir pour le futur.
  • Etudier et analyser des situations du passé: En analysant de près des situations du passé, comme par exemple dans le cas de match de sport, nous pouvons dégager des schémas et des actions positives qui vont nous permettre de développer nos propres décisions intuitives.

De plus, nous connaissons tous l’expression que la nuit porte conseil. Des études ont montré que l’intuition est due à une activité du côté droit du cerveau. Il s’agit également d’une fonction activée plus par notre inconscient que par notre pensée consciente. Dans ce cadre, nous pouvons enclencher un processus de réflexion intuitive lorsque nous allons nous coucher ou lorsque nous nous réveillons. Ce sont les deux moments où nous sommes relaxés mais éveillés. Notre inconscient peut alors explorer nos expériences passées et notre mémoire d’évènements afin d’en dégager des schémas récurrents. Au réveil, il est possible que notre inconscient ait trouvé la solution.

‘Intuition will tell the thinking mind where to look next’ (Jonas Salk)

Alors quand faire confiance à notre intuition et quand faut-il s’en méfier? Le mieux serait de combiner les deux : suivre son intuition tout en analysant de manière objective les données et informations dont nous disposons. Il ne faut pas non plus négliger les avis des personnes qui nous entourent : donnez-leur votre point de vue, expliquez leur les raisons pour lesquelles vous pensez que cette décision est la bonne. Ecoutez attentivement leurs réactions et questions ; cela vous obligera également à réfléchir de manière posée à votre solution. En résumé, suivez votre cœur mais n’oubliez pas de prendre votre cerveau avec vous !

Sources